Tecktonik, jumpstyle et claquettes

Publié le par Lilian


Vous avez du remarquer qu'il se passe des choses étranges près des lycées, des McDo et des places municipales ces derniers temps : une armée de pantins désarticulés se toisent dans des défis de "danse", parfois au son d'un portable qui crache de la techno graisseuse. Cette nouvelle mode, qui se propage plus vite qu'un ondomania multicolore descendant un escalier, s'appelle la "Tecktonik", à bien sûr ne pas confondre avec "Gym-tonic" de mesdames Véronique et Davina (bien qu'il existe des similitudes sur le côté cardio de l'activité).

Tout d'abord, à quoi ressemble la Tecktonik? Pour les novices, les bases se résument à un déhanché John Travoltiesque, des jambes légèrement fléchies et bien ancrées au sol, des mouvements de bras fendant l'air, passage d'une main derrière la tête façon "je me remets du Vivelle Dop", pas de gauche à droite et hochements de tête suivant le beat. Voilà pour le canevas, il est toujours bon d'y ajouter des mouvements de sa propre création ou empruntés à d'autres danses (les techniques du hip hop et de la breakdance sont souvent détournées), l'énergie primant avant tout.


Côté look, le style est à l'alliance du rock hooligan, de la techno cyberpunk et de l'underground gay. On peut voir ainsi des crêtes improbables qui mettent les pubs Vivelle Dop au placard, des tee-shirts noirs avec des slogans imprimés fluos, des foulards type supporteur de Manchester, le tout si possible orné d'étoiles et d'aigles. Les jeans sont droits, les coupes près du corps, les maquillages néopunk parfois de rigueur.

Cette danse est née en Ile-de-France en 2000, dans le complexe discothèque Metropolis (Pondorly dans le Val-de-Marne) au cours des soirées Tecktonik Killer, créées par Cyril Blanc et Alexandre Barouzdin pour ratrapper le retard de nos amis belges en matière de son hardstyle et jumpstyle. Les premiers danseurs de Tecktonik y font leurs armes, un peu sur la base du jumpstyle, danse née aux Pays-Bas et dérivée du Gabber, qui requiert un jeu de jambes rapide, sorte de croisement improbable entre danse folklorique nordique et mouvements de jambes du fils caché de Cloclo et Mickaël Jackson. Les "battles", inspirées du mouvement hip-hop se mettent en place où les danseurs exhibent leurs talents... et progressent petit à petit. La Tecktonik naît.


Il faudra attendre un peu plus de six ans avant que la Tecktonik ne devienne visible en dehors de la région parisienne, grâce à Youtube, Dailymotion et quelques plateaux télévisés avec ses fondateurs plus prolixes dans la démonstration que dans la parole. Le monde du clip n'a pas attendu très longtemps pour l'exploiter : on se souvient de "Love don't let me go 2006" de David Guetta où le clip mélangeait de nombreuses techniques de danse, y compris un brin de Tecktonik. Puis plus récemment, Yelle, jeune chanteuse pop parisienne, avec "A cause des garçons", est la première a intégrer des danseurs de Tecktonik Crew initial pour un remix de l'original de cette reprise (vous suivez toujours?), finalement parfait symbole de ce courant né à base de recyclages de cultures urbaines et populaires.

Bien sûr le marketing n'est jamais loin car les soirées Tecktonik Killer ont développé leur logo : un aigle orné d'une étoile qu'on peut voir sur des tee-shirts officiels et des compilations estampillées Metropolis. Certains déplorent la démocratisation de ce qui n'était qu'un épiphénomène de boîte de province tandis que d'autres, souvent organisateurs de soirées, se frottent les mains (le Metropolis est plein à craquer à toutes les soirées).

De nombreux journalistes pensent que la Tecktonik est la revanche de la middle white class sur le hip-hop : une danse urbaine née dans les banlieues blanches de classe moyenne sur une musique produite par des européens serait la réponse du berger à la bergère, après une déferlante de culture hip-hop sur nos écrans. Outre le caractère douteux de ce constat à coloration sarkozyste, ce qui pourrait sauver la Tecktonik de ces considérations pécunières et tati-sociologiques et devenir une véritable danse à part entière est sans doute son absence même de message, lié à l'épicurisme bisounours de ses adeptes : ils ne boivent pas, ils ne fument pas, ils ne revendiquent rien, ils dansent juste pour se montrer, en bref, pour le plaisir.

Clips vidéo :


Liens pratiques, sources et dérivés :

- Groupe "Tecktonik" de Dailymotion avec vidéos amateur : http://www.dailymotion.com/group/69462
- Site officiel de "Tecktonik Events" d'où vient toutes les photos de cet article : http://www.tck01.fr
- Disséquage wikipediesque de la Tecktonik : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tecktonik
- Et pas besoin d'être un danseur de Tecktonik pour remporter un concours de danse, parfois les claquettes suffisent, comme dans cet épisode de South Park à base de "battles" féroces et hilarantes (South Park, 8x05 - On t'a niqué ta race - à télécharger via megaupload en HQ - lien provenant de l'excellent South Park Asspen)
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Publié dans Musique

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