Désobéissance civile

Publié le par Lilian

A Lyon, la vie cachée d'Alex, 10 ans, et David, 7 ans, deux enfants qui veulent être comme les autres
 
"Oh ! J'ai oublié mes cartes Yo Gli Yo pour les montrer à mon copain Léo", s'exclame Alex, 10 ans, cartable au dos, en sortant de classe. Rien ne distingue Alex des autres enfants qui se bousculent à la sortie de l'école Victor-Hugo à Lyon. Sinon que sa mère, à lui, ne vient jamais le chercher. Chaque fois, c'est une personne différente qui vient l'attendre à la sortie de l'école. Car depuis que, le 19 avril, les policiers sont venus signifier à leur mère, Samira, un ordre de départ pour le lendemain, Alex et son frère cadet, David, 7 ans, vivent cachés.
 
Depuis près de deux mois, parents d'élèves et enseignants des pentes de la Croix-Rousse à Lyon sont "entrés en résistance" pour soustraire Samira Babaïan et ses deux enfants à la police et empêcher leur renvoi vers l'Allemagne. L'Allemagne, pays où Samira Babaïan, Azérie d'origine arménienne, a débarqué de Russie pour demander l'asile. Asile qui lui a été refusé. En France, où elle est arrivée en novembre 2005, l'Etat refuse d'étudier sa nouvelle demande de protection, en vertu d'un accord européen, dit Dublin 2, qui veut qu'un dossier déposé dans un pays de l'espace Schengen doive être traité jusqu'au bout par celui-ci.
 
Cet argument n'est que "du vent" pour les parents d'élèves de la Croix-Rousse, quitte à enfreindre la loi. Illégale, leur action peut leur valoir jusqu'à cinq ans de prison et 30 000 francs d'amende. Mais pour eux, la question de la "désobéissance civile" ne se pose même pas. "Je l'ai fait comme un acte citoyen, témoigne Sandrine Riot-Sarcey, mère de famille du quartier qui a hébergé Alex. Lorsque j'ai eu connaissance de la situation de cette famille, je suis tombée des nues. Il ne m'était pas possible de continuer à vivre comme si de rien n'était."
 
"La seule chose angoissante, c'est de savoir comment faire pour ne pas mettre en danger les enfants, comment réagir par exemple si des policiers s'approchent lorsqu'on est avec eux dans la rue", confie Valérie Tranchand, autre mère de famille qui a accueilli Alex.
 
Ils sont comme cela une bonne vingtaine de parents à s'être relayés pendant plusieurs semaines pour cacher quelque part Samira et David, et ailleurs Alex. Aujourd'hui la famille vit à nouveau réunie dans un "endroit sûr" à Lyon. Mais parents d'élèves et voisins continuent de se relayer pour accompagner les enfants à l'école. Dans l'unique pièce où ils vivent, Alex et David ont épinglé sur le mur, au côté d'un grand dessin signé de tous les enfants de leur école les soutenant, un mémo leur rappelant qui et quel jour les prend en charge. Il n'est surtout pas question de sortir avec leur mère dans la rue. Alex a aussi appris un numéro de téléphone par coeur. Si d'aventure il se faisait arrêter, il a pour consigne de partir en courant puis d'appeler ce numéro. Quelqu'un viendra le chercher.
 
Et cet été, ces "protecteurs" l'enverront dès le 30 juin en "vacances" loin de Lyon avec sa mère et son frère. Et un système de permamence est en train de s'organiser pour pouvoir, même en plein été, mobiliser rapidement en cas de coup dur. Pas de trêve estivale pour la mobilisation lyonnaise, qui demande qu'au moins le dossier de demande d'asile de la famille Babaïan puisse être examiné.
 
Source : LeMonde.fr
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