Plumes dans le cul et micro à paillettes

Publié le par Lilian

Quand on bosse pour un théâtre, il existe de nombreux avantages : on peut voir tous les spectacles gratos (ce qui représente quand même une petite somme), on peut assister au pot de première rencontrer des gens (et aussi apprécier le physique des danseurs) et surtout se confronter avec le public.
 
Sur ce dernier point, hier soir, on peut dire que j'ai été servi. Mais replaçons les choses dans leur contexte : depuis mercredi 15 et ce jusqu'à samedi 18 mars, si le coeur vous en dit vous pourrez assiter à la représentation de "Dance" et "Chamber Symphony" de la chorégraphe Luncida Childs, interprété par la compagnie du Ballet National de l'Opéra du Rhin à la Maison de la Danse.   

 

 Un peu d'histoire : la pièce "Dance" date de 1979 est un petit monument chorégraphique comme on en fait rarement aujourd'hui. Un écran de tulle sur lequel est projeté les interprètes de la pièce originale recouvre entièrement la scène, pour donner une double lecture assez émouvante de l'oeuvre. Ainsi, un accord parfait s'opère entre la vidéo d'époque et les danseurs d'aujourd'hui. Sur la musique de Philip Glass, les danseurs évoluent sur une scène où le mouvement perpétuel hypnotique est la clef de voûte du spectacle. En plus d'être une pièce techniquement difficile, la beauté plastique de l'oeuvre est indéniable.

Après, vous me direz, les goûts et les couleurs...
Pourtant, quand on assiste à une représentation quasi complète et qu'on se permet de crier "Remboursez!!" comme des putois, ou qu'on applaudit ironiquement toutes les trois minutes, qu'on se lève pour faire des pas de danse près de la scène tentant d'imiter pathétiquement ce que seul les interprètes peuvent accomplir... ça fait vomir. Toutes ces charmantes personnes se sont donc réunies dans le hall, après avoir courageusement claqué la porte de la grande salle pour clamer haut et fort que tout ça n'est pas de la danse, que le mouvement est toujours le même, que la musique est insupportable, bref que c'est un foutage de gueule généralisé.
 
Toutes ces vieilles blondasses permanentées et griffées accompagnés de leur roquet de mari préfèrent nettement voir des spectacles avec tutus, pointes ou micro à paillettes et plumes dans le c... Seulement voilà, quand on sait pas lire la plaquette où tout est décrit et qu'on prend "BALLET de l'Opéra du RHIN" avec ses copines pour faire bien, on est vite déçu. Alors à toutes celle-là qui font de la rétention d'eau à force de serrer trop fort leur anus, je leur conseillerai d'aller au Théâtre Tête d'Or. Au moins, on sait à quoi s'attendre quand on veut du "Mon cul sur la commode".
 
Après les vieilles, les jeunes : toutes les petites écervelées qui ne jurent que par la Star Ac' et autres bouses du revendeur de Coca se permettent de profondes remarques. Petit échantillon :
- "Mais la pièce elle fait vieillotte".
- "Oui, mademoiselle, elle date de 1979, c'est écrit sur le programme que vous tenez dans les mains"
 
- "Quand on aime vraiment pas un spectacle, on a droit à en voir un autre gratuitement?"
- "Quand vous allez au cinéma et que vous n'aimez pas le film, vous vous permettez de revenir au guichet demander une place pour un autre film?"
 
Retour chez les vieux :
- "Vous direz à Guy Darmet (notre directeur) que je n'ai jamais vu un spectacle pareil et ça fait vingt ans que je viens ici!"
- "Vous pourrez lui dire il est dans la salle aujourd'hui."
- "Ah non, si je le vois je vais lui casser la gueule."
 
- "Nous allons écrire un courrier à la direction! C'est un spectacle scandaleux!"
- "Mais écrivez-le tout de suite et n'oubliez pas de mettre votre nom."
- "Mais pourquoi mettrai-je mon nom? Je n'ai aucune obligation de vous le donner."
(... c'est beau le courage...)
 
Et une petite dernière pour la route :
- "Mais en plus ils ne dansent même pas!!"
 
C'est assez affligeant de voir le public se comporter avec un tel manque de respect pour à la fois les gens qui sont venus voir le spectacle en connaissance de cause mais également pour les interprètes qui ont travaillé comme des fous sur cette production. Pour la morale de l'histoire, quand des lycées agro tech du find fond de la cambrousse lyonnaise viennent à 40 jeunes hystériques voire des ballets contemporains ils ne mouftent pas et ressortent pour la plupart assez contents. La notion même d'aller voir un spectacle les ravit. Quand on réunit plus de trois rangées de vieilles permanentées, il ne se dégage pas grand chose, à part des effluves de laque Elnett... A méditer?
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Publié dans Humeur du jour

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