Quand on a tout, on a rien, d'où mon désespoir

Publié le par Lilian

Ce mois-ci est le début d'une longue série d'anniversaires de mon entourage : Jérémy, Anne, Philippe ont fêté leur nouvelle bougies respectivement le 1er et le 2 mars! Un p'tit beurre des touyous pour eux! :))
 
 "Ecoutez l'histoire de Bonnie & Clyde"
 

 

 
Autre "anniversaire", un peu plus morbide celui-là : le 2 mars de l'année 1991, une des plus grandes figures de la chanson française, Serge Gainsbourg, décédait dans son appartement parisien. Retour le parcours d'un artiste qui aura réinventé tous les genres, entre deux nuages de fumées et des vapeurs d'alcool. Parfois l'histoire d'un artiste est quasiment aussi intéressante que son oeuvre :
 
Serge né Lucien Ginsburg le 2 avril 1928 de parents russes grandit à Paris, où sa famille a fuit la révolution bolchévique. Son père, Joseph, a pour passion la peinture. Il inscrit son fils à une académie de peinture à Montmartre, mais Lucien tombe gravement malade d'une péritonite tuberculeuse quelques mois plus tard. Il en profite néanmoins pour peaufiner de nombreux dessins.
 
Durant la guerre les Ginsburg sont obligés de quitter la capitale un long moment. Lucien apprend à l'école les techniques du dessins et de la peinture ainsi que celles du sonnet en poésie. Après le lycée, il s'inscrit dans un école d'Archi aux Beaux Arts, mais complètement largué en maths, il décide de se rabattre sur sa peinture, décrite comme légère et vaporeuse, aux couleurs estompées. A cette période il joue de la guitare dans des cabarets afin de gagner un peu sa vie et laisse tomber peu à peu sa peinture, qu'il juge imparfaite. Il va même à détruire toutes ses toiles.
 
"Ecoute ma voix, écoute ma prière"
 
Après son service militaire douloureux où il découvrit les plaisirs ravageurs de l'alcool, il s'occupe à Champsfleur d'enfants juifs et de rescapés de camps nazis. C'est là qu'il compose ses premières chansons à l'âge de 22 ans. Il écume de nombreux cabarets, dont celui de Madame Arthur, où il fait la rencontre de Boris Vian. Durant ces années, il change son prénom et rajoute un a à son nom. Serge Gainsbourg est né.
 
Juin 1956 : il dépose à la SACEM ses premiers titres sous le nom de Julien Gris. Il veut absolument se démarquer des autres chanteurs, autant par le fond que par la forme. Commence alors une longue période de hauts et de bas malgré deux titres phares : l'eau à la bouche (premier vrai succès public) et en 1962, Serge compose "La javanaise", après une soirée avec Juliette Gréco à boire du vin et à écouter des disques de musique classique.
 
"J'avoue j'en ai bavé pas vous, mon amour"
 
Ce n'est qu'en 1965 qu'un tournant va s'opérer lorsqu'il compose "Poupée de cire poupée de son" pour France Gall qu'elle interprétera lors du Concours Eurovision de la Chanson. Dès lors, il compose pour de nombreux artistes de l'époque, tournant également quelques films. Son rythme est effrené, il ne dort presque jamais. Puis son regard croise celui de Brigitte Bardot, avec qui il vivra une véritable passion. Ils enregistrent Harley Davidson et Contact et une première version de "Je t'aime moi non plus", mais l'actrice, conseillée par son mari, demande à Serge de ne pas publier la chanson. Leur relation s'arrête et Serge en sort détruit.
 
Mais cette chanson sera bientôt rechantée par celle à avec qui il partagera sa vie près de douze ans : Jane Birkin. La censure et le scandale sont au rendez-vous au cours de l'année 1969 ce qui n'empêche pas le disque de faire un véritable carton. Serge composera plus tard un de ses plus grands disques pour Jane : l'histoire de Melody Nelson qui sort en 1971. Cette même année, son père décède et sa fille, Charlotte, naît.
 
"Tu étais la condition sine qua non de ma raison"
 
En 1975, il entame le tournage du film "Je t'aime moi non plus". Il met en scène sa femme, Jane, dans le rôle de Johnny, jeune fille androgyne au milieu d'un couple d'homos. Mélancolique, cru, tendre et un brin désespéré, le film ne rencontre pas le succès que Serge espérait même si certains critiques, dont Truffaut, le trouvent générationnel et donc culte.
 
Après "L'homme à la tête de chou" qui rencontre un énorme succès critique et public, Serge compose une des chansons les plus controversées médiatiquement de son répetoire "Aux armes et caetera" en 1979, qu'il a enregistré en Jamaïque avec une des choristes des Wailers. Une polémique commence et l'Union Nationale des Parachutistes le menacent physiquement. Lors d'un concert à Strasbourg, la pression est telle qu'il montera seul sur scène et entonnera la véritable marseillaise, rejoint par les paras venus empêcher le déroulement du concert. Le lendemain il déclarera, bouleversé, "Je suis un insoumis! Qui a redonné à la Marseillaise son sens initial!".
 
"Je sème des grains de pavot sur les pavés, de l'anamour"
 
En 1980 Jane finit par le quitter à cause de ses excès. Il rentre ivre, la bat souvent. Il continue à composer pour les autres : Alain Chamfort "Manureva", Catherine Deneuve "Dieu est un fumeur de havanes", Alain Bashung... Il tourne également de nombreuses publicités télévisées. Malgré ses différents avec Jane, il lui compose "Baby alone in Babylone", que beaucoup qualifient comme un de ses plus beaux albums pour un tiers.
 
"Et nos reins alors se révoltent d'un coup d'épilepsie synchrone"
 
En 1984, un autre scandale médiatique éclate sur le plateau de 7/7, où pour dénoncer les impôts, il brûle les trois-quarts d'un billet de cinq cent francs. Son geste est très mal perçu par le public et TF1 va être submergé d'appels. La boîte aux lettres de Serge débordera de lettres. L'année suivante il signe "Love on the beat", composé à New York où il y découvre le funk. Il y chantera l'amour dans ses rapports les plus étranges, l'homosexualité, la vulnérabilité... Dans cet album existe "Lemon incest" qu'il chante en duo avec sa fille Charlotte sur son amour platonique pour elle.
 
"You're under arrest", dernier album studio, comporte "Mon légionnaire", "Aux enfants de la chance", titre étrangement moralisateur sur les substances illicites. Serge fait du yoyo autant avec sa santé que son moral. Ses joies : la naissance de Lulu, son fils, Charlotte primée aux Césars pour son rôle dans l'Effrontée sont souvent liées avec sa déchéance physique. Il refume, reboit alors que les médecins détectent un kyste près de sa nuque.
 
Le 1er mars 1991, veille de sa mort, il déjeune avec Bambou et Charlotte au Bistrot de Paris. Bambou prend rendez-vous avec lui le lendemain pour le revoir avec son fils Lulu, mais Serge ne répondra pas au téléphone. Il décède d'un arrêt cardiaque dans son appartement le soir-même, à 22heures. Le 2 mars, à 1h du matin, l'annonce de sa mort est officielle.
 
"Montrant son cou : pas vu, pas pris. Montrant son coeur : ici, personne"
  
Monsieur Gainsbourg Revisited, album "tribute" sorti il y a deux jours dans les bacs a des invités de marques : Placebo qui ne cache pas son admiration pour Serge depuis de nombreuses années ; Michael Stipe de R.E.M., Franz Ferdinand font partie des artistes qui réinventent le répertoire de Gainsbourg. J'ajoute que les hommages discrets sont parfois les meilleurs : souvenez-vous : MC Solaar "Nouveau Western" ou Texas "Guitar song".
 
N.B. : Ce petit texte sur Gainsbourg, a été inspiré par la biographie mieux écrite et plus complète qu'on peut dénicher sur l'excellent http://www.gainsbourg.org !
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Publié dans Musique

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