Thanks for the request vs. Poke-moi!

Publié le par Lilian


Tom Anderson et Chris deWolfe, créateurs de MySpace (photo Corbis)

Pour répondre aux interrogations d'une internaute fidèle lectrice de ce blog que je nommerais Madame G., je vais me pencher sur le mystère qui entoure les sites qu'on qualifie de Web 2.0 - entendons par là réseautage social - MySpace et Facebook.

Quand on commence à surfer sur des MySpace au hasard, on se dit que c'est n'est qu'une version luxe de Skyblog : mêmes choix de couleurs flashys, répartitions hasardeuses des transparences, vidéos à gogos inutiles, musiques braillardes, billets d'humeur à faire pâlir la session des humeurs du jour des cours de Raphie par leur insipide vide de sens et surtout une belle collection "d'amis"... bref on tombe un peu dans un gouffre sans fond d'inutilité qui encombre la bande passante. Et pourtant, quand on s'y penche de plus près et surtout quand on sait jouer avec son interface, MySpace peut devenir un véritable outil de communication supplémentaire pour qui veut bien s'en donner la peine.

Créé en 2003 par Tom Anderson et Chris deWolfe puis racheté par le groupe News Corp. en 2005, MySpace s'utilise d'une manière plutôt basique : on remplit des informations concernant son profil : identité, CV possible, goûts divers (musique, livres, films, héros...), puis on ajoute une musique de fond, quelques vidéos qu'on aime, des photos de soi et puis on peut tenir un blog... bref rien de bien neuf. Un système de messagerie entre membres permet de rajouter des commentaires sur une page ou bien d'envoyer un mail privé. Concernant l'interface de base et bien soyons réalistes, elle est très moche. Pour l'optimiser, on peut faire appel à des sites d'habillages de MySpace ou bien, si l'on touche sa bille en langage HTML se pencher sur la question, pomper des codes pour customiser à son image sa page.

Mais le véritable attrait de MySpace est bien entendu son système d'amis : plus on rajoute d'amis, plus on est susceptibles d'avoir des commentaires, de faire des rencontres via les amis de ses amis et c'est bien connu, les amis des amis d'amis d'amis de l'ami qu'on a ajouté sur MySpace est un ami. Et puis on peut y croiser des célébrités (en faisant le tri entre les fausses pages officielles et les vraies), on arrive à converser très basiquement avec son acteur ou son chanteur fétiche... Naïf?

Passons maintenant à Facebook. Les bases sont les mêmes : remplir son profil de manière plus complète (études ou entreprise sont indispensables pour plus de visibilité), rajouter des photos (système d'identification des gens sur les photos très pratique) et rajouter des "applications" pour rendre sa page plus interactive. Le principe des applications est le suivant : sur un système de partage d'informations et de comparaisons, l'éventail est large : quizz de personnalités, pourcentage de comptabilité entre goûts musicaux ou cinématographiques, rajout de "groupes" (souvent inutiles) qu'on peut rallier ou créer (exemple "Comité de lutte contre la Tecktonik, le jean slim et la coupe mulet"), mini-jeux en lignes, etc...

Pratique pour retrouver des connaissances d'école, il est l'outil interactif idéal des étudiants de grandes écoles (elles ont toutes leurs groupes sur Facebook) et pour les employés de grande entreprises, de consolider leur réseau professionnel (d'où l'importance de remplir son parcours scolaire et pro). Ce n'est pas un hasard si les étudiants l'ont adopté en masse : Facebook a été créé par étudiants d'Harvard pour les étudiants d'Harvard, d'où le côté un peu tape-à-l'oeil de l'appartenance aux groupes.

On pense souvent mettre ces deux sites communautaires, MySpace et Facebook, en concurrence frontale. Une sociologue, Danah Boyd, s'est même penchée sur la question en ces termes  : "Les bons élèves sont sur Facebook. Ils ont tendance à venir de familles qui donnent beaucoup d'importance à l'éducation. Ils font partie de la classe dominante. Au contraire, MySpace est le point de repère des punks, emos, goths, gangstas, queer et autres dont les parents ne sont pas allés à l'université et qui ne comptent pas pousser leurs études bien loin."*

MySpace repère de cancres à la vie alternative glauque? Facebook gorgé d'élite de la nation enclin à un bel avenir? Outre le jugement de valeurs très limite, il faut surtout se poser la question de l'emploi de ces sites par leurs utilisateurs. Sur MySpace on croisera des gens plus enclin à l'artistique : graphistes, DJs, photographes, musiciens, désireux de se faire connaître par un outil avéré (beaucoup de groupes et chanteurs se sont révélés grâce à MySpace et les têtes chercheuses de talents des maisons de disques passent plus de temps sur le net qu'à écouter les maquettes qu'on leur envoie par courrier), d'où le côté exposition de soi-même et obsession à avoir le plus "d'amis" possibles. Sur Facebook on croisera plus d'étudiants, même si la "consolidation" des amitiés d'universités ou de réseau professionnel est au bon-vouloir des utilisateurs, c'est-à-dire qu'à part donner des cadeaux, faire des quizz de rapprochements de goûts ou laisser des commentaires rapides, si la véritable amitié n'existe pas, ce n'est pas Facebook qui la créera ou la consolidera plus.

Alors Madame G. et fidèles lecteurs néophytes du web 2.0 à caractère réseautage social, êtes-vous plus éclairés?

http://www.myspace.com   |    http://www.facebook.com
*Tiré des Inrocks numéro 618, page 28".

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