Tu aimes tellement la vie

Publié le par Lilian

 
 
Le dernier film d'André Téchiné s'ouvre sur cette séquence : Sarah, le personnage d'Emmanuelle Béart tape furieusement sur une machine à écrire rouge, avec une musique d'opéra vive et dramatique en fond sonore. L'urgence est là : coucher sur le papier la vie de Manu, jeune garçon de 20 ans qu'une nouvelle maladie furieuse vient d'emporter. Nous sommes au coeur du désenchantement des années 80, cette époque marquée d'une gueule de bois dûes aux utopies envolées des mouvements hippies. La décennie du Sida, forcément.
 
Découpé en trois parties : Les Beaux Jours, La Guerre et Le Retour de l'Eté, le film chorale de Téchiné s'intéresse plus aux destins qu'aux faits : le témoignage laisse alors la place aux témoins et à leur histoire. Souvents détestables, mais toujours justes, les personnages sont piqués au vif de leurs désirs grâce à Manu, le jeune homo solaire et naïf, souvent magnifié par la caméra de Téchiné. Il déclare d'un sourire magnifique et avec des yeux plein de sincérité "Je suis pas un poisson. Je suis pas un oiseau. Moi je suis juste bien sur la terre." Son épicurisme causera également sa perte : il contracte la maladie qui l'emporte d'une manière brutale et cruelle.
 
En parallèle de cette déchéance physique, Téchiné raconte la renaissance d'un autre personnage, celui de Adrien. Médecin quadragénaire cynique et désabusé, il rencontre Manu dans un lieu de drague et lui voue un amour inconditionnel. Il l'accompagnera jusque dans ses derniers moments, comme pour mieux voir mourir une certaine idée de l'amour qu'il porte en lui.
 
L'amant de Manu, c'est Medhi, flic arrogant, revanchard sur la vie et pas très clean sur son sens de la justice et de l'honnêteté. Fonçant aussi vite que les avions qu'il pilote, Medhi traverse le film de coups de gueule en coups de sang, pour enfin comprendre, mais trop tard, qu'il aurait pu vivre une véritable histoire avec Manu.
 
Sarah, sa femme, est une jeune auteur en proie à une crise d'inspiration et une crise d'instinct maternel. Habituée aux contes pour enfants, elle se lance dans un roman pour adulte peu après la naissance de sa fille qu'elle voit plus comme un obstacle à sa concentration qu'un miracle de la vie. C'est grâce à Manu qu'elle va retrouver la force de l'écriture, grâce à son histoire qu'il lui offre pour 'témoigner' de son passage dans cette vie.
 

 

Malgré le côté dramatique du récit, Téchiné évite tout pathos et filme, tantôt avec une caméra allégorique et volage, tantôt avec la précision d'un chirurgien qui extrait à vif les sentiments de ses 'témoins'. Pour exemple le plus criant, la mort de Manu, filmée comme une métaphore (ces silhouettes qu'il veut rejoindre, qu'il veut étreindre) et pourtant d'une froideur implacable (le dialogue où il crie à Adrien qu'il a besoin d'aller baiser pour voir s'il peut encore bander).

Et que reste-t-il après la mort de celui qui représente le coeur du film et donc, du sujet? C'est Sarah qui aura le mot de la fin par ces phrases : "On s'envoie en l'air. On est tellement contents d'être vivants." Ce constat à la fois cynique et juste, porte le film à bout de bras dans sa dernière partie. C'est la volonté de vivre coûte que coûte qui l'emporte.
 
 
Les Témoins
De André Téchiné, sortie le 7 mars 2007
Avec Michel Blanc, Emmanuelle Béart, Sami Bouajila, Johan Libéreau, Julie Depardieu...
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Publié dans Cinéma

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