Flag of our fathers
Cette histoire singulière, heureusement tombée dans les mains de Clint Eastwood (souvenez-vous de la cata Pearl Harbor de Michael Bay) est construite au moyen de très nombreux flashbacks, qui étaient, selon les auteurs du script, le seul moyen de rendre justice au très long livre de James Bradley, qui n'est autre que le fils de John "Doc" Bradley.
Un sujet en or pour Clint Eastwood, qui a toujours mis en avant les destins individuels, parfois même au détriment de son intrigue principale. La filiation à travers l'Histoire est également une puissante source d'inspiration pour le cinéaste et Mémoires de nos pères tombe à point nommé. Le narrateur tente, lorsque son père est au bord de la mort, d'achever le récit de cette bataille, de l'histoire de cette photo et de ses conséquences pour comprendre d'abord, pour mieux rendre hommage ensuite.
Eastwood prend le temps de dépeindre le caractère parfois insaisissable de ces héros ordinaires. Le charismatique et pourtant discret John "Doc" Bradley est un excellent contrepoint à Ira Hayes, indien qui ne connût la gloire que lors de la campagne de propagande et dont l'alcoolisme reflète métaphoriquement la disparition de l'identité de la communauté indienne en Amérique. Le film souffre parfois de redondances sur l'aspect psychologique des personnages, on sent que Eastwood maîtrise moins bien les scripts riches en personnages - il est plus doué pour les histoires à deux.
/http%3A%2F%2Fimg526.imageshack.us%2Fimg526%2F6905%2Fflag1cp6.jpg)
John "Doc" Bradley (Ryan Philippe) et René Gagnon (Jesse Bradford)
Mais lorsqu'il s'agit de montrer la bataille d'Iwo Jima, le film prend aux tripes grâce à une mise en scène incroyable et pourtant sans esbrouffe ni effets. L'arrivée sur la plage de sable noir de la première vague américaine fait froid dans le dos. Les soldats avancent, inconscients des fusils qui s'arment dans les bunkers cachés. Ces plans magnifiques et effrayants sont l'antithèse de la caméra à l'épaule de Spielberg pour la reconstitution du débarquement en Normandie pour 'Il faut sauver le soldat Ryan'.
Beaucoup ont critiqué Clint Eastwood pour son manque de parti pris, voire de fatalisme - la guerre est laide - il n'y a pas de héros, juste des citoyens ordinaires - et pourtant Mémoires de nos pères redonne de l'humanité et surtout du respect à ces témoignages qui commencent à s'estomper avec le temps et n'oublie pas d'être une véritable oeuvre de cinéma. C'est rare.
Il faut savoir que Mémoires de nos pères fait partie d'un dyptique. Ainsi, Clint Eastwood a également voulu rendre hommage aux combattants japonais. Le film s'intitulera "Lettres d'Iwo Jima" et a été tourné en japonais exclusivement. Il sortira fin décembre aux Etats-Unis et courant février 2007 en France. Les premières image circulent déjà sur le net et la bande-annonce est prometteuse. Si Clint Eastwood traite avec autant de justesse, de respect et de poésie ces combattants et leur culture diamétralement opposée aux américains, il aura sûrement réussi un autre chef d'oeuvre.