Je suis de chair et de sang
Si je parlais un peu théâtre, ça ferait plus sérieux non? Et ça fera sûrement plaisir à certains lecteurs! Suivez mon regard en direction de Lyon... Bon, la pièce dont je vais vous parler n'est plus à l'affiche mais est sortie dernièrement chez les bons libraires et je vous invite vivement à la lire.
Vincent River, pièce de Philip Ridley, a été joué pour la première fois à Londres au Hampstead Theatre et a été reprise en 2005 au Théâtre du Marais, avec dans les rôles principaux Marianne Epin et Cyrille Thouvenin. J'ai eu la chance d'assister à une représentation l'an dernier et cete pièce en un acte m'avait tout simplement secoué de haut en bas, d'une part par la qualité du texte mais aussi par l'interprétation des deux acteurs. Comme en prime, le Théâtre du Marais est une toute petite salle, la plongée au coeur de l'oeuvre n'en était que plus facile.
Quelques mots sur l'histoire : Vincent River, le fils d'Anita, est retrouvé mort dans un lieu de drague homosexuelle. Il a été sauvagement assassiné. Anita, contrainte à déménager pour ne pas subir les remarques acerbes de ses voisins, fait rentrer un soir dans son nouvel appartement miteux un jeune homme, Davey, qui la suit depuis deux mois partout où elle va. C'est lui qui a trouvé le corps de Vincent et désormais il veut l'exorciser de sa mémoire, mais Anita est persuadée qu'il existe une vérité au-delà de ce qu'il prétend...
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Cyrille Thouvenin et Marianne Epin dans la version française de Vincent River
Cette pièce ressemble à un jeu de montagnes russes, l'écriture dramaturgique étant construite par des ruptures très nettes de ton. L'intrigue est ainsi souvent reléguée au second plan par des disgressions lyriques et-ou cyniques sur le passé des personnages, révélant leur caractère. C'est un texte sur les rapports complexes qu'une mère entretient avec son fils, sur la fascination entre deux êtres mais également sur le jeu des apparences qu'on se livre au quotidien.
J'ai tellement craqué sur ce texte que je l'ai acheté à la fois en français (il est sorti récemment) et en anglais (j'ai d'ailleurs dû batailler pour le trouver). Il y a peu de différences entre la version anglaise et française (celle-ci a d'ailleurs été remanié par l'auteur lui-même). On notera juste une différence de ton, beaucoup plus cru dans la version anglaise mais qui débouche sur les mêmes finalités ; la version française est plus "romantique", en partie à cause de quelques changements sur le personnage de Davey. Il existe d'ailleurs une captation de la pièce en français en DVD. J'avoue que j'ai un peu peur de la regarder : j'ai un si beau souvenir qu'il risque d'être gâché et de plus la qualité d'une captation est variable.
Je ne peux pas terminer ce petit billet sans vous livrer un extrait de la pièce qui présente relativement bien les personnages et livre une petite idée du style de l'auteur. Donc si vous avez un brin de curiosité, n'hésitez vraiment pas à acheter la pièce, c'est un texte fort qui colle à la peau longtemps après sa lecture...
DAVEY Il est toujours là. Partout où je vais. J'peux pas m'en débarasser. J'en ai plein le cul. Vous savez?
ANITA Non.
DAVEY Au milieu de la rue, j'me mets à pleurer. C'est déclenché par n'importe quoi. Un gosse tout seul. Des oiseaux morts. Ou des bruits. Des pneus qui crissent. Un chien qui aboie. N'importe quoi. Et des mots! Ca suffit. "Tendresse". Ou "neige". Ou "plume". Pourquoi "plume"? L'autre jour je regardais la télé. Y'a eu les infos. Quelqu'un a dit le mot "abandonné". Papa a dit, "T'arrêtes de chialer quand tu veux."
ANITA Bien pleurer, ça aide.
DAVEY Horreur de ça.
ANITA Va chercher de l'aide.
DAVEY Vous.
ANITA Moi?
DAVEY Si... on pouvait parler.
ANITA Parler? Va faire ça à la télé.
DAVEY Je peux pas continuer à le voir. Comme il était couché là. Je veux... Je veux qu'il se lève. Je veux qu'il... se retire de ma tête. S'il vous plaît... s'il vous plaît.
ANITA Tu sais à quoi on voit qu'on vieillit? Aux questions que posent les gens. Principalement les trucs de famille. Quand on est enfant c'est, "Comment va ta maman?". Un peu plus grand - vers ton âge - c'est "Alors, tu fréquentes?" Et puis, "Comment va votre mari"? Et puis, "Alors vous avez des enfants?" "Ca y est, vous avez des petits enfants?" Personne ne demande jamais "Ca y est, votre fils est mort?"
Vincent River, de Philip Ridley. Traduit de l'anglais par Sébastien Cagnoli.
Editions de l'Amandier. 12 € en vente ches les libraires qui ont du goût!
Vincent River, pièce de Philip Ridley, a été joué pour la première fois à Londres au Hampstead Theatre et a été reprise en 2005 au Théâtre du Marais, avec dans les rôles principaux Marianne Epin et Cyrille Thouvenin. J'ai eu la chance d'assister à une représentation l'an dernier et cete pièce en un acte m'avait tout simplement secoué de haut en bas, d'une part par la qualité du texte mais aussi par l'interprétation des deux acteurs. Comme en prime, le Théâtre du Marais est une toute petite salle, la plongée au coeur de l'oeuvre n'en était que plus facile.
Quelques mots sur l'histoire : Vincent River, le fils d'Anita, est retrouvé mort dans un lieu de drague homosexuelle. Il a été sauvagement assassiné. Anita, contrainte à déménager pour ne pas subir les remarques acerbes de ses voisins, fait rentrer un soir dans son nouvel appartement miteux un jeune homme, Davey, qui la suit depuis deux mois partout où elle va. C'est lui qui a trouvé le corps de Vincent et désormais il veut l'exorciser de sa mémoire, mais Anita est persuadée qu'il existe une vérité au-delà de ce qu'il prétend...
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Cyrille Thouvenin et Marianne Epin dans la version française de Vincent River
Cette pièce ressemble à un jeu de montagnes russes, l'écriture dramaturgique étant construite par des ruptures très nettes de ton. L'intrigue est ainsi souvent reléguée au second plan par des disgressions lyriques et-ou cyniques sur le passé des personnages, révélant leur caractère. C'est un texte sur les rapports complexes qu'une mère entretient avec son fils, sur la fascination entre deux êtres mais également sur le jeu des apparences qu'on se livre au quotidien.
J'ai tellement craqué sur ce texte que je l'ai acheté à la fois en français (il est sorti récemment) et en anglais (j'ai d'ailleurs dû batailler pour le trouver). Il y a peu de différences entre la version anglaise et française (celle-ci a d'ailleurs été remanié par l'auteur lui-même). On notera juste une différence de ton, beaucoup plus cru dans la version anglaise mais qui débouche sur les mêmes finalités ; la version française est plus "romantique", en partie à cause de quelques changements sur le personnage de Davey. Il existe d'ailleurs une captation de la pièce en français en DVD. J'avoue que j'ai un peu peur de la regarder : j'ai un si beau souvenir qu'il risque d'être gâché et de plus la qualité d'une captation est variable.
Je ne peux pas terminer ce petit billet sans vous livrer un extrait de la pièce qui présente relativement bien les personnages et livre une petite idée du style de l'auteur. Donc si vous avez un brin de curiosité, n'hésitez vraiment pas à acheter la pièce, c'est un texte fort qui colle à la peau longtemps après sa lecture...
DAVEY Il est toujours là. Partout où je vais. J'peux pas m'en débarasser. J'en ai plein le cul. Vous savez?
ANITA Non.
DAVEY Au milieu de la rue, j'me mets à pleurer. C'est déclenché par n'importe quoi. Un gosse tout seul. Des oiseaux morts. Ou des bruits. Des pneus qui crissent. Un chien qui aboie. N'importe quoi. Et des mots! Ca suffit. "Tendresse". Ou "neige". Ou "plume". Pourquoi "plume"? L'autre jour je regardais la télé. Y'a eu les infos. Quelqu'un a dit le mot "abandonné". Papa a dit, "T'arrêtes de chialer quand tu veux."
ANITA Bien pleurer, ça aide.
DAVEY Horreur de ça.
ANITA Va chercher de l'aide.
DAVEY Vous.
ANITA Moi?
DAVEY Si... on pouvait parler.
ANITA Parler? Va faire ça à la télé.
DAVEY Je peux pas continuer à le voir. Comme il était couché là. Je veux... Je veux qu'il se lève. Je veux qu'il... se retire de ma tête. S'il vous plaît... s'il vous plaît.
ANITA Tu sais à quoi on voit qu'on vieillit? Aux questions que posent les gens. Principalement les trucs de famille. Quand on est enfant c'est, "Comment va ta maman?". Un peu plus grand - vers ton âge - c'est "Alors, tu fréquentes?" Et puis, "Comment va votre mari"? Et puis, "Alors vous avez des enfants?" "Ca y est, vous avez des petits enfants?" Personne ne demande jamais "Ca y est, votre fils est mort?"
Vincent River, de Philip Ridley. Traduit de l'anglais par Sébastien Cagnoli.
Editions de l'Amandier. 12 € en vente ches les libraires qui ont du goût!
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