J'ai vu une grosse bête

Publié le par Lilian


"Okay, just to be clear here, our options are: die here, die in the tunnels, or die in the streets. That pretty much it?"

Si je vous dis : "Film de Monstre", vous pensez tout de suite à Godzilla en carton pâte piétinant des japs ou son remake américain tout bourrin avec Jamiroquaï en fond sonore et Jean Reno en french touch, donc forcément ça ne vous excite pas des masses. Et pourtant, Cloverfield, sorti le 6 février dernier sur nos écrans, renoue avec le genre en utilisant la pirouette du faux docu vérité retrouvé et marque une étape dans le renouvellement de la création d'un blockbuster.

Avant la sortie du film, tout une campagne marketing a généré un buzz énorme sur Cloverfield, dont on ne savait quasi rien de l'intrigue : sites Internet décryptables au dernier degré, faux profils MySpace et même clins d'oeil discrets au film dans la série Heroes(!). Le producteur de ce gigantesque casse-tête pour internautes avertis n'est autre que J.J. Abrams, producteur de Lost et créateur d'Alias. Les rumeurs les plus folles ont couru sur l'histoire : spin-off de Lost, film inspiré de Goldorak, adaptation d'un Lovecraft... Lorsque le genre "film de monstre" a été clairement établi, les spéculations allaient encore plus fort sur la nature même du monstre.


Jessica Lucas, Michael Stahl-David et Odette Yustman

Que nous raconte donc réellement Cloverfield? Le film commence grâce à une vidéo retrouvée dans les décombres de Central Perk et désignée par le gouvernement comme l'affaire "Cloverfield". On assiste aux préparatifs et à la fête de départ surprise d'un jeune trentenaire prénommé Rob dans un appartemment cossu de Manhattan. Rob est apparemment populaire et va diriger une firme d'une entreprise au Japon. Ce vernis à la Melrose Place craque une première fois dans la soirée puisqu'un micro-drame survient lorsque Beth, une "amie" avec qui Rob a couché quelques jours auparavant, claque la porte avec son nouveau copain. Puis, un tremblement de terre se fait entendre et une gigantesque explosion frappe la ville. C'est la panique, tout le monde descend dans la rue pour assister à l'embrasement de plusieurs immeubles. L'hystérie fait rage lorsque la tête de la Statue de la Liberté atterrit dans la rue au pied de notre héros. Le cauchemar commence : un monstre venu des eaux ravage tout sur son passage. Les militaires s'en mêlent, sans succès et l'évacuation de Manhattan est imminente.


How could they not know anything about it? Unless... maybe they're like, in on it, you know? Like maybe the government created it or something.

Côté scénario, rien de très neuf puisque dans la galerie des personnages nous trouvons : le héros fuyant ses responsabilités, la jeune femme prisonnière dans sa tour, le meilleur ami gaffeur et dragueur et la copine cynique sexy. L'intrigue est mince comme du papier à cigarettes : héros cherche à retrouver femme dans un New-York en pleine apocalypse.

Il faut donc creuser du côté du parti pris caméra à l'épaule pour que Cloverfield se démarque. Géré avec intelligence dans la majorité des scènes d'action, il se révèle parfois plus faible pour l'aspect émotionnel. Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce parti-pris est plus qu'un style, car certaines séquences recèlent de jolis moments de terreur. L'absence de violence graphique frontale n'exclue pas les effets de peur à coup d'imaginaire, le plus souvent dans des références totalement assumées et maîtrisées.

On assiste ainsi pendant plus d'une heure à une succession d'images qui frappent notre inconscient collectif de la médiatisation du 11/9 et le réalisateur, Matt Reeves, n'y va pas de main morte. L'audace dont il fait preuve pour transformer New York en ruines sans jamais remettre en cause la gravité de ce qu'il filme amène le film à une dimension supplémentaire, qui nous fait ainsi oublier ses petits défauts. S'embarquer dans une séance de Cloverfield, c'est un peu comme des montagnes russes d'une heure trente, on ressort lessivé, mais marqué par des sensations fortes car intelligentes et c'est en partie ce qu'on demande au cinéma.

Cloverfield (2008)
Réalisé par Matt Reeves. Ecrit par Drew Goddard
Avec Michael Stahl-David, Lizzy Caplan, Jessica Lucas, T.J. Miller, Odette Yustman...

Publié dans Cinéma

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article