Les Tagadas de Foufou

Publié le par Lilian

 

Petit retour sur le Festival estival préféré des lyonnais : j'ai nommé les Nuits de Fourvière! J'ai donc posé mes fesses deux fois sur le fameux coussin dit "péteur foufou" pour assister à deux soirées réussies : une première dans le tout rénové Odéon en travaux depuis deux ans avec Périclès, Prince de Tyr et une deuxième fois pour le résident permanent Philip Glass et son opéra pour La Belle et la Bête de Jean Cocteau.

Pour Périclès, Prince de Tyr, j'avoue que j'y allais un peu à reculons : ben oui, 3h de Shakespeare méconnu dont 2h à avoir mal aux fesses, ça ne m'enchentait guère. Ca, c'était le contre. Le pour : l'ami Julien Louisgrand était aux commandes de la lumière et Michel Raskine à la mise en scène. Tout de suite, ça motive plus me direz-vous pour y aller. En plus, quand on a une place gracieusement offerte par l'ami Julien, j'ai envie de dire, que demande le peuple à part un coussin péteur foufou en plus pour ses fesses? Nous voilà donc partis jeudi 22 juin avec le Gwen à faire les petites stars "laissez-nous passer on a des invits!" et nous poster au premier rang de l'Odéon, ce qui n'est pas une si mauvaise place.

Quelques mots sur cette pièce dépoussiérée pour l'occasion : John Gower, auteur de la pièce originale et ressuscité en narrateur par Shakespeare, nous narre l'aventure de Périclès, jeune prince de Tyr, qui s'embarque dans des situations improbables comme : résoudre une énigme pour un Roi et sa fille incestueux, échouer à Pentapolis et prouver sa valeur au cours d'un tournoi de chevaliers de la table basse, perdre son épouse Thaïsa alors que celle-ci accouche en pleine mer, penser que sa fille Marina est elle aussi disparue alors qu'elle est utilisée dans un bordel à Mitylène, j'en passe et des meilleures.

Quelques mots sur les acteurs :
Le personnage de Périclès passe de la jeunesse dorée, à la mélancolie d'un vieillard usé : il n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler le héros romantique type. L'interprète, Grégoire Monsaingeon a partagé les gens qui ont vu la pièce autour de moi, certains le trouvent excellent, voire habité, d'autres comme moi l'ont trouvé à l'inverse un peu à côté de la plaque.

Le rôle de Marina, confié à l'excellente Cécile Bournay, est tout l'inverse du personnage de Périclès : véritable battante et brillante oratrice, elle usera de ses talents multiples pour ne pas offrir sa virginité à n'importe quel client dans le bordel où elle est retenue. C'est elle qui ouvrira les yeux à Lysimaque, gouverneur de Mitylène, campé par le caméléon Guillaume Bailliart, drôlissime et juste.

Marief Guittier campe un John Gower burlesque et drôle. Elle conte, elle éllipse et elle pointe du doigt ses ancêtres avec panache.

Michel Raskine prend le parti de faire évoluer tout ce beau monde sur une scène de l'Odéon épurée : quelques accessoires ici ou là pour marquer le lieu et le temps et surtout une structure "chantier" au fond de la scène utilisée pour certains moments transitoires. De jolies idées m'ont emballé : l'arrivée par le haut de l'Odéon du cercueil de John Gower suivis de tous les acteurs, la présence constante des musiciens sur scène, l'arrivée du camion à putes avec éclairage rouge (serait-ce celui du 203?) et la mise en scène des retrouvailles entre Marina et Périclès, très épurée et très émouvante.

Après les saluts, j'ai du m'avouer que le temps de la pièce ne m'était pas paru aussi long : c'est un bon point! Et puis je suis reparti avec une satisfaction d'avoir vu plus qu'un spectacle honnête, mais un spectacle réussi et complet! Même si certaines choses m'ont déconcerté (les fluos suggérant les éclairs, bof bof, la résurrection de Thaïsa, un peu capillotracté..) Périclès, Prince de Tyr est un spectacle très burlesque dans l'humour et jamais forcé dans le pathos. Pas facile quand on jongle sur ces terrains!

Dernière chose : je tiens à rectifier une grave erreur sur le programme du spectacle. On peut voir un trombinoscope bien fourni des acteurs, ce à quoi l'ami Julien n'a pas manqué de râler (ouais, et moi j'y suis pas!). C'est chose faite Julien, remercie ton ami TatiPhotoshop LIEN MORT SUITE A DEMENAGEMENT

Le jeudi d'après (le 29), j'étais de retour à Foufou pour la Nuit du 60ème Anniversaire, où une projection de la Belle et la Bête était diffusée. Le véritable intérêt de la soirée ce n'est pas le film en lui-même, mais la recréation de la bande-son par Philip Glass. Avec son orchestre et quatre chanteurs lyriques, il revisitait le film pour nos yeux et nos oreilles impatientes de redécouvrir les folies visuelles de Jean Cocteau.

Et bien cela fait un petit choc : tous les textes étaient chantés, ce qui donnait parfois des échanges brefs et surréalistes. Imaginez ce bref dialogue chanté de façon lyrique "Petits laquaiiiis, petits laquaiiiis" - "Vite vite dépêcheeeez-vous". - "Allez on paaaart!". Passé ce choc plutôt comique, on se concentre sur la partition : c'est du Philip Glass à 200%. Et là où la magie opère est que sa musique hypnotique souligne le travail visuel de Jean Cocteau : le château de la Bête devient encore plus un personnage à part entière. Certaines séquences, confondantes de kitsch, prennent un relief différent avec la partition de Glass - même si la transformation de la Bête sera toujours comique involontairement!  

 


La Bête à la Belle : "Oh, you weight a baby?"
La Belle à la Bête : "No, I eat a lot"...
(dialogue privé connu)

Une belle occasion de redécouvrir ce film qui date lui aussi de 60 ans. Bien sûr, il a pris quelques rides sur pas mal d'aspects, surtout le mode narratif et les intentions des personnages, mais n'oublions pas qu'à la base Jean Cocteau voulait créer un véritable conte de fées. Petit rappel pour les cinéphiles, Legend, de Ridley Scott est tout aussi cucul, si ce n'est même plus!

Un petit cadeau bonux pour les fans du film, toutes les paroles : http://www.glasspages.org/bellelib.html (Le site glasspages.org est d'ailleurs très complet - très moche, mais très complet).

Voilou ça sera sûrement tout cette saison pour Foufou : peut-être un Bill T. Jones fin juillet, mais rien de plus! A bientôt pour de nouvelles aventures!!

PS : Explication du titre foireux de ce billet : comme cette année la tendance est au rose pour la com' des Nuits, on surnomme affectueusement les ouvreurs avec leur tee-shirt flashy Les Petites Tagadas de Foufou (on s'amuse comme on peut).

Publié dans Théâtre

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